Mahomet, Voltaire et le Pape

Publié le par Laurence

 
Je viens de terminer « Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète » de Voltaire. Petite pièce de théatre trouvée par hasard sur un rayon de librairie mais dont le titre m’avait intriguée.
La pièce en elle-même n’a pas énormément d’intérêt. Elle relate un drame qui conduit deux enfants au parricide sous l’emprise d’un Mahomet plus fanatique et roublard que jamais. L’univers de la pièce est complètement manichéen avec les gentils Mecquois d’un côté et les méchants convertis à l’Islam de l’autre.
Mais le contexte de la pièce révélée dans la post-face est lui beaucoup plus intéressant. On y apprend que la publication ou la représentation de cette pièce est de nos jours très mal perçue, étant considérée comme une provocation gratuite envers les musulmans de part la représentation qui en est faite du prophète. Or si on se donne la peine d’aller un peu plus loin que le texte en lui-même, si on le rapporte au contexte de l’époque dans lequel il a été écrit, on comprend que la pièce ne vise pas particulièrement les musulmans et l’Islam mais la religion en général et bien plus finement encore l’Eglise romaine de l’époque et notamment les assassinats politiques d’Henri III et IV par des moines fanatiques. On apprend encore plus loin, qu’à cette époque où les musulmans sont dépeints comme des barbares dans l’imaginaire collectif, Voltaire lui, a pris la peine d’étudier les textes et de lire le Coran ; il défend même sur plusieurs points et dans plusieurs textes la religion musulmane. Le procès d’intention que l’on fait donc à Voltaire sur cette pièce est loin d’être mérité. L’objectif poursuivi n’est bien sûr pas de diaboliser l’Islam mais de parler du fanatisme religieux et de ses dérives qui existent dans toutes les religions.
Le parallèle avec les mots malheureux prononcés par le Pape la semaine dernière est très tentant. Certainement y a-t-il une maladresse réelle d’avoir utilisé ces citations au sujet de l’Islam qui ont fait scandale, néanmoins, si on se donne la peine de reprendre ces phrases dans le contexte global du discours, leur portée est loin d’être aussi forte.
Force est de constater qu’il ait des sujets qui restent interdits au débat sans même parler de critique.
 

Publié dans Chroniques du Caire

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Nefred 16/10/2006 11:58

Salâm yâ Laurence !

Je ne connais pas cette pièce de Voltaire, je l'avoue humblement. Par contre, au sujet du discours du pape, je ne suis pas d'accord : ses paroles étaient déplacées de la part du chef d'une église qui a tant de sang sur les mains et engendré tant de fanatisme. Le fait d'associer Islam et violence était une grave erreur : toute religion qui dérive vers la politique est entraînée vers la violence, quelle qu'elle soit. La foi est une chose, la politique en est une autre. Facile à un chef religieux contraint à se tenir tranquille car il a perdu tout pouvoir de critiquer les autres ; et en plus prétendre rechristianiser l'Occident. Je pense que sa petite phrase sur l'Islam était plus qu'une bévue : c'était une réelle provocation. Citer un texte du XIVe s. était stupide. Et ce que je lui reproche le plus, c'est d'avoir mis en danger les chrétiens d'Orient sans même en avoir conscience. D'ailleurs, les Coptes d'Egypte ont également condamné ces propos.

Amitiés

Nefred