Respect

Publié le par Laurence&Yassine

J’ai déjà eu de nombreuses fois envie d’écrire cet article. Pourtant je l’ai toujours repoussé. On va encore me taxer de négativisme. Mais revenant de Tunisie, la réalité m’apparaît encore une fois plus nette. A force de vivre ici, on s’habitue. Les choses qui pouvaient nous paraître surprenantes pour ne pas dire choquantes au début, nous ne les remarquons même plus. Pourtant, certaines choses ne devraient lasser de nous surprendre. L’une d’elles est le manque de respect perpétuel dans la société égyptienne. Comme si la vie était un combat permanent, les gens passent leur temps à s’écraser les uns les autres. Si dans le cadre familial ou amical au moins, le respect existe, il tend à disparaître assez largement à l’extérieur. Et ceci à plusieurs niveaux.
Tout d’abord, le respect de soi-même. Combien d’égyptiens passent leur journée à s’écraser devant toute personne qui leur est un tant soit peu supérieure que ce soit par l’argent, le pouvoir ou la classe sociale. Le chauffeur se courbe devant son patron pour le saluer, le livreur donne au client du « Pacha », l’employé se précipite pour aider l’étranger plein aux as dans l’espoir de peut-être récolter une livre de pourboire.
On ne s’étonne pas ensuite qu’entre les gens qui ne se connaissent pas, il n’y ait aucune notion de respect. La route en est un parfait exemple. Code de la route ou pas, le passage est au premier qui l’aura forcé. Dans une voie trop petite pour laisser passer deux voitures en même temps, me voyant arriver, un taxi s’est précipiter pour s’engager sur ma voie, pilant juste devant mon capot et détournant ostensiblement la tête pour ne pas me regarder et me forcer ainsi à lui céder le passage. Si entre voitures, la route est déjà un champ de bataille, autant dire que pour le piéton, c’est un champ de mine. Le faible piéton n’est rien dans cette jungle et il ne doit sa survie qu’à une prudence et une adresse extrême. Il faut voir les habitués traversant la place Tharir tel ce jeu vidéo où des grenouilles doivent traverser une autoroute sans se faire écraser. Ou ces petites vieilles rassemblant leurs dernières forces sur le trottoir avant de faire courir leurs maigres jambes aussi vite qu’elles le peuvent pour traverser une voie rapide.
Ce rapport de force se retrouve partout. Dans n’importe quelle file d’attente, c’est l’anarchie. On se bouscule, on tente de passer par le côté. On ne vous regarde même pas. On vous marche sur les pieds. Vous êtes enceinte… et alors ? Vous avez un bébé dans les bras… et alors ? Vous êtes une petite vieille se déplaçant avec difficulté… et alors ? Vous êtes malade… et alors ? Et ne croyez pas que je ne parle que des seuls « pauvres » égyptiens, toutes les classes sociales sont concernées. Bien sûr, tous les égyptiens ne sont pas comme ça. Heureusement. Néanmoins, ces comportements sont courants… et usants.
Le niveau de respect pour ses semblables tient-il au niveau de développement d’un pays ou est-ce un des nombreux héritages de la colonisation de classe des anglais que l’on peut retrouver dans d’autres pays anciennement colonisés par la couronne britannique comme l’Inde par exemple… ? La question est ouverte et vos commentaires m’intéressent !

Publié dans Chroniques du Caire

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déaâ 08/01/2008 17:42

Bonjour.

Malgré le fait que cet article date de bien longtemps, il me semble que ce soit le plus important du blog. Tellement important et complexe qu'il peut faire très facilement l'objet d'une thèse. Il est intitulé respect, en Egypte. Vous êtes au Caire. C'est la première remarque. Vous êtes en 2007, et c'est la remarque la plus importante. C'est la date. Depuis 25 ans, je vais tous les ans en Egypte et je visite toute l'Egypte, ses 4 coins, du Caire à Alexandrie, des hotels luxueux et splendides de la Mer Rouge aux superbes petites maisons en terre au fin fond de la campagne reculée du Sud de l'Egypte. Et vous ne sauriez imaginer le spectaculaire changement de ces 5 dernières années. Pour l'instant, le changement n'est fulgurant qu'au Caire même. Pour l'Est, l'Ouest et le Sud, c'est à peu près comme avant, voir avec des améliorations quand le maire de la ville décide de faire quelque chose. La question ne se pose donc qu'essentiellement au Caire.

Et puis une autre question à laquelle il est encore plus difficile de répondre, s'agit-il vraiment du respect? Que se passe-t-il dans la tête d'un egyptien pour que d'un enfant de bonne famille aux moeurs irréprochables il devienne en passant le pas de sa porte... tout autre chose?

Vincent a donné une amorce de réponse. L'oppression, ou l'illusion d'une oppression, puisque la plupart du temps, c'est l'histoire du voisin qui a été opprimée qui est raccontée à tous et sert d'exemple.

Mais il y a bien pire.
Le morceau de pain. Un egyptien diplômé gagne 120 livres par mois. 120 livres. 15 euros par mois. En comparant l'Egypte et la France l'été dernier, les produits en Egypte sont seulement 2 fois moins chers comparé à la France. En divisant le salaire d'un jeune diplomé français par 2, je trouve 750euros, je constate que les revenus en Egypte sont 750/15=50 fois plus faibles, le pouvoir d'achat, 60 fois plus faible. Pour nous cela reviendrait à acheter une baguette de pain à 7euros, un kilo de lait à 13, un kilo de sucre à 50, un kilo de farine à 38euros. Ces prix datent des 5 dernières années. Ceci n'est que pour les denrées alimentaires.

Passons à un autre constat. Celui de la facture de gaz, d'électricité et du téléphone! C'est tout frais. ça date de cette année, c'est un scoop! Une bombonne de gaz sufisait à une famille egyptienne pendant 3 mois. Elle coutait au mois de septembre 2006 entre 8 et 10 livres égyptiennes. Au mois d'octobre 2006, le vendeur à la criée, celui qui passe avec son étalage et son petit âne dans les ruelles les plus reculées, ne peut la vendre à mons de 96 livres. 96 livres j'ai dit. Parce que la firme a été rachetée. Soit une augmentation de 1200% en 1mois. Un diplomé gagnant 120 livres par mois, se voit payer 96 livres une fois tous les 3 mois. Presque son salaire. Je ne vous ai pas encore parlé de l'électricité, de l'eau, du téléphone qui se compte en centaines de livres tous les 3 à 4 mois. Je n'ai pas parlé des transports en commun, je n'ai encore parlé de rien. C'est pour cela que je vous ai posé la question, s'agit-il vraiment de respect?

En vous donnant pour indicatif 120 livres mensuel, je prenait le bon chiffre, puisque c'est le salaire .... d'un diplômé de MEDECINE!!!!!!!!!! seulement après 10 ans d'études.... Une de mes amies exerce là-bas depuis 27 ans, est cadre supérieur (daraga oula! le plus haut degré), gagne 400 livres par mois. Cette situation n'est donc pas seulement celle d'une minorité, c'est l'écrasante majorité, tout le monde vit comme ça.



Tout ceci, si nous passons l'argument de l'oppression qui ne serait alors qu'un détail, tout ceci ne sont que des arguments strictement économiques.

N'ayant jamais vécu cette situation, je ne sais pas ce qui passe par la tête d'un egyptien en sortant de chez lui, et j'aurai sûrement du mal à le comprendre. Je peux juste comprendre que quand un chamboulement pareille s'effectue, en l'espace de 5 ans, je peux comprendre qu'il y ait un traumatisme.


J'ai été longue, sans avoir été complète, voyez bien, c'est beaucoup plus compliqué que ça :)

josiane 20/08/2007 21:37

rien a ajouter au commentaire de vincent !a ceci près que tu as du oublier comment sont les gens en france !personne n'aidera la grand mère voulant traverser , ni te d'aider avec tes bagages si tu prends le train et bien d'autres situation du mème genre !

vincent 19/08/2007 08:47

bonjour

je comprends completement votre point de vue et votre agacement par rapport a certaines situations de la vie courante qui finissent par etre de vraies missions....a cet egard je pense surtout aux deplacements, en voiture, en moyen de transport, a pied...
toutefois, le peuple egyptien a ete tellement opprime et tellement reprime que toute volonte de "revolte" ou d'opposition par rapport au systeme est aneantie. les gens ici souffrent de cette situation mais n ont pas les moyens de se battre. intellectuellement on les maintient dans l ignorance, et on freine des 4 fers l avancee vers le progres, civique notamment. c est dommage car cette humiliation permanente est une reelle souffrance pour beaucoup