Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Recherche

Mardi 19 décembre 2006

Dans cette partie de la Gamaliyya, l’ombre de Gabalawi le patriarche, l’ancêtre de tous, le fondateur du quartier, plane en permanence. Il ne sort plus de la Grande Maison qui surplombe le quartier depuis longtemps mais on raconte encore son histoire. Quelle est la part de légende et la part de vérité dans ces histoires, personne ne le sait plus. Gabalawi aurait laissé des instructions pour que les revenus du quartier soient reversés équitablement à chacun mais l’intendant et les futuwwas, gros bras dont il s’entoure, ont depuis longtemps usurpé l’autorité et les richesses qui vont avec, terrorisant et affaiblissant les habitants du quartier.
Au fur et à mesure des générations, pourtant, certains hommes tentent de se rebeller et de rétablir les conditions de Gabalawi. Tour à tour, ils useront de leurs qualités particulières avec différents succès. Ce livre est l’histoire de Gabal, Rifaa, Qasim et Arafa, tous issus d’Adham, fils de Gabalawi, que les conteurs racontent encore au son du rebab le soir dans l’atmosphère enfumée des cafés.

Naguib Mahfouz nous donne là comme toujours une superbe description de la vie dans les quartiers populaires du Caire : l’ambiance des cafés, les discussions enfiévrées autour des pipes à haschich, les récits des conteurs au son du rebab… La peinture prend, on s’y voit vraiment.
Les personnages sont des héros terriblement humains ce qui les rend très attachants. On vit, on espère et on souffre avec eux, à chaque fois.
Mais ce qui fait le charme de ce livre, comparativement à d’autres livres de Mahfouz, c’est son côté intemporel et mythique. Ce livre est comme un conte.
D’ailleurs ses détracteurs ne s’y sont pas trompés. En effet, ce livre a été interdit par la censure en Egypte au moment de sa parution, essentiellement car les héros représentés peuvent, du fait de leur particularité, être chacun aisément associé à l’un des prophètes des trois grandes religions : Moïse, Jésus et Mohammed. Bien qu’il n’y ait d’autre irrespect que de transposer dans un cadre profondément humain/païen chacun des ses prophètes, le livre a soulevé une levée de boucliers dans les milieux religieux. Aujourd’hui encore, bien que Moubarak ait levé la censure sur ce livre, Naguib Mahfouz lui-même avait jugé qu’il ne fallait pas le publier en Egypte.

Note : 5 / 5

Par Laurence - Publié dans : Lectures du monde arabe
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 26 novembre 2006

SUR LE SABLE

Un homme dit à un autre : "A la marée haute, il y a longtemps, avec le bout de mon bâton j'écrivis un vers sur le sable; et les gens s'arrêtent encore pour le lire et ils font attention à ce que rien ne l'efface."

Et l'autre homme dit : "Et moi aussi j'écrivis un vers sur le sable, mais c'était à marée basse, et les vagues de l'immense mer l'ont effacé. Mais dis-moi qu'avais-tu écrit ?".

Et le premier homme répondit : "J'avais écrit ceci : "Je suis celui qui est." Mais toi, qu'avais-tu écrit ?"

Et l'autre homme répondit : "J'avais écrit ceci : "Je ne suis qu'une goutte de ce grand océan.""

 

Extrait de l'Errant de Khalil Gibran, poète libanais (1883-1931)

 

Par Laurence - Publié dans : Lectures du monde arabe
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 28 septembre 2006
Nafa Walid veut devenir acteur. La nature l’a doté d’un physique avantageux et il compte bien s’en servir pour quitter les quartiers populaires. Malheureusement la production cinématographique n’est pas florissante et Nafa finit par accepter un boulot de chauffeur en attendant mieux. Larbin d’une famille huppée, son salaire lui permet néanmoins de vivre confortablement, jusqu’au jour où tout bascule pour une banale histoire d’overdose de prostitué. Retour à la case départ, Nafa se retrouve à nouveau au milieu de la Casbah, avec pas mal de rêves en moins. Il trouve un certain réconfort à la mosquée de son quartier qu’il se remet à fréquenter. Peu à peu, au fur à mesure des évènements, sans même qu’il en ait vraiment décidé, Nafa va glisser progressivement vers les groupes d’actions intégristes et devenir un acteur passionné de la lutte armée.
 
Au moment où Yasmina Khadra fait paraître son dernier roman « Les sirènes de Bagdad » sur la naissance d’un terroriste en Irak, c’est assez intéressant de lire ce livre qui est largement antérieur puisque publié en 1999. Ce qui est fascinant dans ce livre, c’est comment ce jeune homme résolument moderne, n’arrive pas à prendre son destin en main. Il semble que le moindre des choix concernant sa vie soit dicté par les circonstances. Et sans être un musulman ardent, il devient un acteur farouche de la lutte armée, comme par hasard. Le contexte du livre est tout aussi intéressant puisqu’il a comme toile de fond la quasi-guerre civile qui a eu lieu en Algérie entre le gouvernement et les intégristes musulmans. On y découvre un passage sombre de l’histoire de l’Algérie d’après l’indépendance, la violence et la folie des groupes armés rebelles.
Comme dans les autres romans de Yasmina Khadra (pour ceux que j’ai pu lire en tout cas), c’est sombre voire pessimiste pour le monde musulman en général mais un bon livre, bien sûr.
A lire aussi du même auteur : L'attentat - Les hirondelles de Kaboul
 
Ma note (uniquement basée sur mon plaisir de lectrice) : 4/5
Lien Amazon : cliquez ici
Par Laurence - Publié dans : Lectures du monde arabe
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 12 septembre 2006
En dernier hommage à Naguib Mahfouz, je vous recopie un extrait qui m’a beaucoup plu de son autobiographie traduite en français dans l’hebdomadaire El Ahram de cette semaine.
 
       La première fois que j’ai aimé, j’étais enfant. Je jouis de mon temps jusqu’à ce que la mort ait pointé à l’horizon. Au début de ma jeunesse, j’ai connu l’amour éternel que laisse la bien-aimée morte. Je me suis enfoncé dans les tourments de la vie.
       La bien-aimée était partie et les souvenirs se sont brûlés sous le soleil de l’après-midi. Dans mes profondeurs, un guide m’a orienté vers le chemin d’or couvert de peines, celui qui mène aux buts trompeurs. Tantôt apparaissait le monsieur accompli, tantôt apparaissait la bien-aimée défunte.
       Il m’a semblé qu’entre la mort et moi, il y avait des comptes à régler. Mais j’étais condamné à l’espoir.
 
(Extrait de Echos d’une autobiographie)
 
Par Laurence - Publié dans : Lectures du monde arabe
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 31 août 2006
L’Egypte est endeuillée ce matin. Elle a perdu un grand homme de lettres hier, Naguib Mahfouz.
Une rapide bio :
Naguib Mahfouz est né en 1911 dans un quartier populaire du Caire. Issu de la petite bourgeoisie, il commence à écrire très tôt et publie des nouvelles dès l’âge de 17 ans. Cet écrivain prolifique (plus de 50 romans et nouvelles publiés) eut une reconnaissance tardive vers 45 ans avec le succès de La Trilogie (Impasse des deux palais, Le palais du désir, Le jardin du passé).
Il est le seul écrivain de langue arabe à avoir obtenu le Prix Nobel de Littérature (1988).
Son œuvre qui raconte l’Egypte contemporaine et surtout Le Caire dont il était un observateur infatigable, a souvent été contestée par les islamistes, notamment, pour ses convictions clairement libérales. L’un de ces romans a été frappé d’interdiction officieuse de publication en Egypte (Les fils de la Medina, 1959). Et il y a quelques années, il a réchappé de justesse d’une tentative d’assassinat qui lui a laissé la main droite paralysée.
 
Pour ma part, je ne suis pas une grand fan de Naguib Mahfouz pour le style que je trouve un peu lent et trop délayé. La Trilogie, par exemple, constitue un énorme pavé (entre 400 et 700 pages pour chacun des volumes). Néanmoins, la peinture du Caire de l’époque et des différents personnages et caractères de la société égyptienne est fidèle et très intéressante. On comprend mieux l’Egypte en lisant Mahfouz, c’est certain. A lire, bien qu’ils soient méconnus, ses touts premiers livres sur l’Egypte pharaonique. J’avais beaucoup aimé son premier roman La malédiction de Râ (1939), assez proche du conte philosophique.
 
Pour une biographie complète : http://fr.wikipedia.org/wiki/Naguib_Mahfouz
 
Par Laurence - Publié dans : Lectures du monde arabe
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus