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Lectures au fil de l'eau

Lundi 10 juillet 2006 1 10 07 2006 20:24
Comme je ne lis pas que de la littérature égyptienne (heureusement pour moi...) et que ces derniers temps, j'ai lu quelques très bons livres, je vous rajoute cette rubrique sur mes lectures au fil de l'eau.
 
Le soleil des Scorta _ LAURENT GAUDE
Babel _ 283 pages
 

 
L’histoire :
Les Scorta sont issus d’une lignée maudite, fruit d’une méprise, engendrés par un vaurien et une vieille fille que la vie avait oubliée. Le village entier de Montepuccio, brûlé par le soleil des Pouilles, regarde avec autant de crainte que de mépris les trois derniers des Scorta : Carmela, Domenico et Giuseppe, orphelins, deshérités, maudits par leur père même. Ils n’ont rien et tout est à construire. Mais ils ont le sang des Scorta, mélange de sueur et de fierté, qui coule dans leur veine. D’un aller-retour à New-York, ils font le début de leur fortune et reviennent à Montepuccio pour la consolider.
Solidaires jusqu’au bout, ils se battent pour eux, leur famille et leur dignité.
 
Ce qui m'a plu :
C’est un livre qui sent la sueur. Un livre sur ce dont on est capable quand on a rien et qu’on a tout à prouver. Un livre sur le bonheur de transpirer pour mériter de vivre et faire vivre ceux qui dépendent de nous. Un livre qui maudit l’apitoiement, la paresse et le nombrilisme.
C’est aussi un livre qui sent le soleil, écrasant le plus souvent. Un livre qui a le goût des pâtes et des tomates séchées. Un livre qui nous fait flotter dans de minuscules barques de pêcheur colorées à la tombée de la nuit.
Le style de Laurent Gaudé est simple et efficace. Pas de mots superflus, l’essentiel toujours. L’histoire est à l’image des tragédies, un peu irréelle mais tellement belle.
Un très bon livre.
 
Pour vous donner envie :
« Nous n’avons été ni meilleurs ni pires que les autres, Elia. Nous avons essayé. C’est tout. De toutes nos forces, nous avons essayé. Chaque génération essaie. Construire quelque chose. Consolider ce que l’on possède. Ou l’agrandir. Prendre soin des siens. Chacun essaie de faire au mieux. Il n’y a rien à faire d’autre que d’essayer. Mais il ne faut rien attendre de la fin de la course. Tu sais ce qu’il y a à la fin de la course ? La vieillesse. Rien d’autre. Alors écoute (…). Il faut profiter de la sueur. C’est ce que je dis, moi. Car ce sont les plus beaux moments de la vie. Quand tu te bats pour quelque chose, quand tu travailles jour et nuit comme un damné et que tu n’as plus le temps de voir ta femme et tes enfants, quand tu sues pour construire ce que tu désires, tu vies les plus beaux moments de ta vie. »
 
Prix littéraires (même si c'est pas forcément une référence...) : Goncourt 2004
 
Du même auteur, à lire aussi : La mort du roi Tsongor
 
Par Laurence - Publié dans : Lectures au fil de l'eau
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Jeudi 7 septembre 2006 4 07 09 2006 08:59
 
L'HISTOIRE :
Margaret approche de la trentaine. A son âge, elle devrait être mariée et organiser la vie mondaine de son mari comme s’apprête à le faire sa jeune sœur Priscilla. Mais Margaret est différente. Elle aime étudier, plus que tenir salon. Passer des heures à faire des recherches à la bibliothèque avec son père plutôt que courir les magasins à la recherche d’une toilette. Très affectée par la mort de son père, qu’elle adore, bouleversée par une passion amoureuse contre-nature pour l’époque, elle échappe de peu à la mort lors d’une tentative de suicide. Quelques temps plus tard, sur les conseils d’un ami de la famille, elle devient dame patronnesse d’une prison pour femmes. Elle cherche aussi bien à se rendre utile qu’à oublier ses difficultés devant ces femmes bien plus misérables qu’elles. Elle s’attache particulièrement à l’une des pensionnaires, Selina Dawes, jeune medium, enfermée pour coups et blessures et escroquerie. Cette rencontre va à nouveau faire chavirer sa vie.
 
COMMENTAIRE :
Un bon thriller dans l’Angleterre de la fin du XIXème siècle. Margaret est une jeune femme trop libre pour son époque, trop intelligente, trop différente, qui étouffe sous le carcan de la « bonne » société et de la vie mondaine. Sa rencontre avec la spirite Selina Dawes renforce et révèle plus profondément encore sa nature profonde.
On ne s’ennuie pas de bout en bout. Sarah Waters nous emmêle dans une intrigue bien ficelée. Un style fluide et une écriture à deux voix (Margaret & Selina) qui rythme agréablement le roman.
 
NOTE : 3,5 / 5
 
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Par Laurence - Publié dans : Lectures au fil de l'eau
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Dimanche 17 septembre 2006 7 17 09 2006 20:52
L'HISTOIRE
La cécité les a pris les uns après les autres. D’abord un homme dans sa voiture, arrêté à un carrefour, criant comme un damné « Je suis aveugle, je suis aveugle ». Puis l’homme qui le raccompagna chez lui, puis son ophtalmologue consulté en urgence, sa femme, etc… Et puis bien sûr, l’épidémie se propage rapidement, en étoile, sur le passage de ces gens eux-mêmes contaminés. Mais cette cécité n’est pas ordinaire. Tout d’abord, elle se déclare chez des patients sains, atteints d’aucune affection connue auparavant. Et surtout, elle est blanche. Ces nouveaux aveugles ne voient pas noirs. Ils voient blancs. Aveuglés de lumière.
La panique s’empare rapidement du pays et les aveugles sont emmenés et parqués en quarantaine dans des bâtiments vidés pour l’occasion. Personne ne les approche. Tels des pestiférés, on les isole, sous la surveillance de l’armée, les laissant livrés à eux-mêmes. Ces nouveaux aveugles sont donc obligés de se débrouiller par eux-mêmes, sans aide aucune. La moindre des tâches quotidiennes devient une épreuve et l’isolement tourne vite à l’enfer. Mais parmi eux, une femme voit. Etrangement, elle ne semble pas affectée et les aidera à conserver une part de leur humanité.
 
COMMENTAIRE
La bête qui sommeille en chacun de nous serait un sous-titre possible pour ce livre. Tous ces aveugles soudains vont vivre une rapide descente aux enfers. Comme s’il suffisait de perdre un seul sens pour que notre belle société organisée, nos règles, l’ordre et la morale, volent en éclats. L’aveuglement pourrait être la parabole de beaucoup de choses : le fanatisme, l’amour, la haine. Toutes les passions qui nous rendent aveugles à la raison et à un comportement « humain ».
Le style de Saramago est à son habitude trépidant, un enchaînement de phrases, peu de ponctuation, des dialogues engloutis dans la narration. Déroutant au départ mais qui rend ce roman intense.
 
  
 
 
Du même auteur à lire également : L'évangile selon Jésus-Christ
 
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Par Laurence - Publié dans : Lectures au fil de l'eau
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Mardi 26 septembre 2006 2 26 09 2006 15:04
D’une manière générale, je ne suis quasiment jamais déçue des livres que j’achète de chez Babel, la collection Livre de Poches d’Actes Sud. Comme je suis rarement déçue d’Actes Sud également.
Encore une fois, c’est un très bon roman que j’ai eu entre les mains.
J’avais déjà entendu parler de Percival Everett dans le magazine Lire pour un autre de ses livres sorti il y a un an en France « Désert Américain » et je l’avais déjà noté dans ma LAL. Donc quand au détour d’un passage par une librairie j’ai vu « Effacement » du même auteur, je n’ai pas hésité et il est venu tout naturellement alourdir ma PAL (Pile à Lire).
En réalité, Effacement est antérieur à Désert Américain mais comme c’est Désert Américain qui l’a révélé en France, ces anciens livres commencent à être publiés chez nous.
Percival Everett est pourtant un auteur déjà bien connu aux US avec déjà une quinzaine de romans à son actif.
 
Thelonius Monk Ellison est à la croisée des chemins. Professeur de littérature, tranquille aimant la pêche et le travail du bois, passionné par les études étymologiques, il coule des jours paisibles en Californie quand sa sœur, médecin dans une clinique pour femmes, se fait assassiner par une bande de fanatiques anti-avortement. Le voilà donc obligé de monter à Washington DC pour s’occuper de sa mère, dont les finances comme la santé mentale sont en train de sombrer. Lui-même ne roule pas sur l’or. Auteur de cinq romans, tous plus obscurs les uns que les autres, on lui reproche de ne pas écrire assez « noir ». Mais lui, ne se sent pas « noir », ne s’est même jamais senti « noir », même si factuellement il fait partie de ce groupe éthnique. Un jour de frustration à son comble, il commet un roman aussi bref que violent, à l’image des « romans vrais » sur la communauté « noire » qui abondent sur le marché de l’édition. Le roman est vulgaire et sans commune mesure avec la qualité de ses précédents écrits. A sa plus grande stupeur et exaspération, le roman est un succès, remettant inévitablement en cause une partie de son existence.
 
Des histoires qui s’imbriquent les unes dans les autres, une approche de la question raciale qui change des clichés habituels, une critique aussi de la culture de masse qui prédomine aujourd’hui, on aime à suivre les tribulations de Thelonius Monk Ellison, tour à tour, Thelonius Ellison, l’écrivain classique, Monk, le fils aimant, passionné de pêche et de menuiserie, et Stagg Leigh le faussaire, auteur du livre star. C’est bien écrit, érudit même parfois (que ceux qui comprennent les références à Roland Barthes au début du livre lèvent le doigt). Il faut absolument que je me procure « Désert Américain » !
 
Ma note : 4,5/5
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Par Laurence - Publié dans : Lectures au fil de l'eau
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Jeudi 12 octobre 2006 4 12 10 2006 16:40
 
A l’heure où l’immigration est un sujet plus que d’actualité en Europe aujourd’hui, que ce soit en France avec Cachan ou encore la politique de régulations des sans-papiers ou en Espagne avec les arrivées massives d’africains sur les côtes, chacun se devrait de lire ce livre de Laurent Gaudé.
Ni plaidoyer, ni critique, ce livre nous met dans la peau des principaux intéressés auxquels on ne demande pourtant pas vraiment leur avis : les migrants et ceux chargés de les « recevoir ».
Le commandant Piracci garde les côtes italiennes depuis vingt ans. Repêchant incessamment les candidats à l’immigration s’élançant sur des bateaux de fortune à l’assaut de la citadelle européenne.
Sans état d’âmes ni cruauté particulière, il fait son travail : sauve les hommes en perdition dans les flots et les redirige vers des centres d’accueil d’où ils seront renvoyés vers leur pays d’origine. Mais une rencontre marquante avec l’une de ces candidates à l’exil va changer radicalement sa vision de la vie. Dans le même temps, au Soudan, deux frères se préparent pour le long voyage qui, via la Libye, doit les mener vers la terre des richesses et des espérances. Mais le voyage est bien sûr dangereux et les transformeront radicalement.
Laurent Gaudé ne cherche ni à nous émouvoir ni à nous endurcir, il raconte simplement l’aventure de ces hommes et de ces femmes, de ce qu’ils cherchent, de ce qu’ils sont prêts à accepter, endurer pour avoir leur part de rêve européen, sortir de la misère. Se mettre un instant dans la peau de ces candidats à l’exil pour comprendre leurs motivations et peut-être changer les choses.
Le livre est dur, mais intense.
 
Ma note (uniquement basée sur mon plaisir de lectrice) : 4,5 / 5
 
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Par Laurence - Publié dans : Lectures au fil de l'eau
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